Liminaire CA. Tri sur l’argent et la nationalité : la fin de l’Université accessible à toutes et tous est en marche


Dans un contexte caniculaire, où les étudiants étouffent dans leurs logements CROUS mal isolés, est présenté le rapport des Assises du financement des universités auto-organisé par le ministère pour justifier des décisions déjà prises. Le but affiché était de mettre en débat « la gestion des universités », de « l’immobilier universitaire », une « diversification des ressources et le financement compétitif » ainsi que « les enjeux des ressources humaines ».
Sans surprise, les conclusions sont dans la lignée de la libéralisation des services publics et de l’enseignement supérieur en particulier, en marche depuis la soi-disant autonomie des universités. Derrière, ce sont les personnels mais surtout les étudiantes et étudiants qui auront à en assumer les conséquences.
Parmi les nombreuses propositions de mesures délétères pour le service public, on note en particulier la proposition d’augmenter les frais de scolarité, portant à « environ 10 % des ressources universitaires » l’ensemble des recettes liées aux droits d’inscription. En contradiction avec le principe constitutionnel d’un enseignement public gratuit, le gouvernement avance encore un peu plus son projet de faire porter le financement de l’ESR sur la dette individuelle des étudiant·es. En clair, 900 € environ l’année de licence et 1 300 € l’année de master, soit un parcours LMD en 5 ans à 5 300€, une multiplication par 5 des frais d’inscription. Sans compter la CVEC, actuellement de 105 € par an. Alors que les universités n’accueillent actuellement que 8.7 % d’enfants d’ouvriers, et que 69 % des étudiant·es ont un reste à vivre égal ou inférieur à 100 € chaque mois (pour se nourrir, se soigner, s’habiller, se déplacer, etc), cette mesure apporte un coup de plus au modèle de l’université accessible à toutes et à tous. Il ne faut pas être dupe, il s’agit d’une attaque de plus pour casser l’idée d’accueil de la plus grande partie d’une classe d’âge à l’université publique ayant pour objectif l’émancipation de toutes et tous.
Ce modèle des frais d’inscription est déjà largement défiguré par l’existence de frais différenciés pour les étudiant·es extracommunautaires depuis le très mal nommé plan Bienvenue en France en 2018. Actuellement, les étudiant·es concerné·es paient 2895 € en licence et 3941 € en master, soit 16 567 € la LMD en 5 ans, c’est-à-dire presque 16 fois plus que les étudiant·es français·es – ou plus de 3 fois plus si l’augmentation présentée plus tôt est adopée. Jusque-là, les politiques d’exonération pratiquées par les universités permettaient l’accès aux études de beaucoup d’étudiant·es extracommunautaires n’ayant pas les moyens de régler ces frais. Mais une modification du calcul du potentiel d’exonération qui implique une baisse drastique de ces possibilités a été prévue dans le décret Bienvenue en France 2.0, qui met en place une catégorisation des étudiant·es par nationalité. Bien que l’Université de Lorraine ait exprimé son opposition à cette disposition dans une précédente motion au CA, elle ne s’y oppose actuellement pas fermement et ne promet sa non-application que pour l’année 2026-27.
Ces mesures sont xénophobes puisqu’elles rendent l’accès aux études en France très difficiles aux étudiant·es étranger·es. D’ailleurs, un décret prévoit une augmentation vertigineuse de la somme minimale à présenter pour justifier l’obtention d’un titre de séjour étudiant, passant de 615 € par mois (7380 € par an) à 47 % du SMIC brut, soit 877,5 € (10 530 € par an). Pour donner un exemple, au Brésil, pays ne bénéficiant d’aucun accord permettant l’exonération, le SMIC est de 274,4 € par mois, et le salaire annuel moyen est de 6527 €. Un·e étudiant·e brésilien·ne de classe populaire et même moyenne n’a donc tout simplement pas accès aux études en France – et c’est bien pire s’il ou elle n’est pas exonéré·e. Les étudiant·es extracommunautaires n’ont pas accès aux bourses sur critères sociaux avant deux ans de résidence en France, le Projet de loi de finance pour 2026 supprime leur accès à l’Aide Personnalisée au Logement, trouver un travail est difficile et le nombre d’heures est limité, et contracter un prêt reste complexe. Par ailleurs, travailler à côté des études engendre une plus faible réussite aux examens, et l’endettement étudiant a déjà largement démontré ses limites, ce ne sont pas des solutions, ces propositions n’étant ni justes ni viables.
Que dire d’une université qui n’accueille pas les plus précaires et applique des tarifs différenciés en fonction de la nationalité, sinon qu’elle n’a plus rien d’universel ?
Dans ces conditions, nous appelons le conseil d’administration de l’Université de Lorraine à s’exprimer fermement contre toute augmentation des frais d’inscription et du niveau de ressources exigé pour obtenir un titre de séjour étudiant, et à adopter une motion garantissant le gel des frais d’inscription et le refus d’appliquer le nouveau décret Bienvenue en France.
Liminaire Espoir au CA du mardi 7 juillet 2026
